[WHO, WHAT, WA WA!] Ce mois-ci, on n’est pas peu fiers d’avoir rencontré une des rares femmes à enseigner la capoeira en France, cette danse de combat, cet art martial brésilien et elle vit à Lille!  1m70, physique élancé et athlétique et blonde comme les blés, à première vue, elle ressemble d’avantage à une suédoise ou à une allemande! Mais son cœur bat définitivement pour le Brésil. Elle nous rappelle cette très belle chanson de bossa nova Samba Saravah, composée par Vinicius de Moraes et Baden Powell « Mais quel que soit le sentiment qu’elle exprime, elle  est blanche de formes et de rimes, blanche de formes et de rimes mais elle est nègre, bien nègre dans son cœur ».

Née française et devenue brésilienne, cette blonde noire comme on l’appelle au Brésil, assume et revendique totalement son métissage. Mais elle n’est pas seulement cela. Elle est une  femme engagée, elle est libre. Elle fait partie des rares femmes à enseigner la capoeira dans le monde et rien que pour cela on a eu envie de connaitre son parcours de vie. Rencontre coup de cœur de ce mois avec Julie  Flipo, dit Chiclete*, Professora** de Capoeira Angola à Lille. Elle a accepté de se livrer à nous. Voici 10 choses que vous devez absolument savoir sur elle!  Top départ!

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1| Julie Présente-toi aux lecteurs du webzine, où es-tu née? Où as-tu grandi ? Qu’est ce qui a motivé ton amour la capoeira ?

Je suis née à Bordeaux après 2 frérots. Nous sommes vite remontés dans le Nord pour le travail de mon père, j’ai donc vraiment grandi à Lille. J’ai étudié d’abord à Reims puis suis partie au Mexique pour obtenir un BA ou Bachelor Administration dans une université américaine.

En 2001, en passant dans les couloirs de mon université, j’ai entendu le rythme d’un tambour appelé « atabaque », j’ai ouvert la porte par curiosité, et j’ai alors vu pour la première fois l’art de la Capoeira. Mon  Maître  actuel  Mestre Marcelo Angola donnait alors un stage d’une semaine dans mon université. J’ai tout de suite adhéré ! Et depuis ce jour, jamais arrêté ! J’ai vite été fascinée par le chant, les percussions, les mouvements, le combat… bref, une énergie incroyable !

2| Comment t’es-tu sentie au Brésil la 1ère fois ? Ton accueil ? Les gens ? Les différences culturelles ?

Je me suis donc entrainée 2 ans avec mon Maitre au Mexique (ce qui est une chance !) peu de gens ont la chance d’avoir les enseignements d’un Maitre à domicile et si longtemps !Je suis ensuite partie en 2003 sur l’Ile d’Itaparica à Bahia au Brésil, le « berceau » du groupe fondé par Mestre Marcelo Angola. J’y suis resté 1 an ou j’ai « étudié » au quotidien !

J’étais à l’époque, en couple avec un habitant de l’Ile et donc mon accueil a été directement en «famille, j’ai pu découvrir le Brésil de l’intérieur . Bien sûr, blonde de 1m70, mon physique ne me laissait pas passer inaperçue dans un lieu à 90% afro-descendant tel que Bahia !! Revenant de 2 ans de vie au Mexique, je n’ai pas senti de réel choc culturel, j’étais déjà bien latinisée  :J

Mais c’était l’aube de la « diaspora » de la Capoeira en dehors des frontières brésiliennes… Il y a avait encore peu d’européens en recherche de Capoeira….

3| Quel est ton parcours avant ton projet de création d’association et qu’est ce qui a motivé ton désir de créer ton association ?

En 2004, je suis rentrée à Lille, avec le projet de développer la Capoeira dans la région, avec mon mari de l’époque, actuellement « Contremaitre » de Capoeira (soit haut-gradé). Je voyais l’engouement des étrangers pour cet art ancestral de libération des esclaves, et je savais qu’il était possible d’en faire partager le public lillois. Et cela a été le cas, rapidement une 40aine d’élèves nous ont rejoint. C’était à l’époque le début de l’expansion de la Capoeira à travers le monde, et comme nous, d’autres professeurs brésiliens de l’école de Itaparica ont pris la même direction (Espagne, Suisse, Japon…) Chacun de notre côté, nous avons monté des écoles Angoleiros Do Mar à travers le monde. Aujourd’hui, l’école que je représente est présente dans 15 pays !

 5| Raconte-nous ton parcours pour créer ton association, des anecdotes, des bons souvenirs, les obstacles à surmonter ? Quelle est ta journée type ?

Je montais à temps plein une autre société de voyages (pour gagner ma vie !) Et le soir et le week-end, je passais mon temps à créer l’association (communication, marketing….) Dans le même temps, mon mari brésilien prenait ses marques quant à la culture française et donnait 3 cours par semaine et le week end , il parcourait l’Europe pour donner des stages à d’autres écoles. Moi, je continuais à m’entrainer dur auprès de mon « mari-prof » et progresser du mieux que je pouvais dans l’art. Nous avons écrémé toutes les salles de danse de Lille (Crasto, Studio59….)

Puis les communes en région nous ont contactés pour mettre en place des ateliers-initiation pour les enfants dans les Centres de Loisir ! Bref, le bébé roulait tout seul. En 2009, le Contremaître Bizarro a quitté la ville de Lille, et j’ai à ce moment-là décidé de donner les cours. J’ai d’abord été graduée « Tren » (ou entraineur), puis l’année suivante, Mestre Marcelo m’a graduée « Professora ». J’ai été très fière, mais pour moi le titre ne veut rien dire. Ce qui me rend le plus heureuse au quotidien, c’est de voir une 50 aine de lillois devant moi, avec la rage d’apprendre et de découvrir la culture afro-brésilienne, et me valoriser en tant que « transmettrice » de cet art :

 6| Quelles sont tes inspirations ? Tes influences de vie?

Je suis une femme blonde et blanche aux yeux verts. Hors, au Brésil, les gens m’appellent la « blonde noire » ou me disent « mais tu n’es pas née dans le bon pays ». Bref, je sens une dualité en moi incontournable! Je suis française bien sûr et très fière de l’être, mais je sens en moi des racines puissantes d’énergie que j’associe à la « terre »…. Aux racines ancestrales de l’Afrique, notre « terre mère ».

Je vis grâce à une énergie particulière que la capoeira m’apporte: le chant qui est  le cri d’origine et la percussion qui sont les battements de cœur, La danse qui peut amener à une certaine transe. Le combat qui m’aide à me battre au quotidien dans un monde cruel.

7| Tu es une femme, entrepreneuse, dans le monde de la capoeira qui est à dominance masculine. Il y a très peu de femmes qui enseignent cet art. Comment gères-tu cette place ? Est-ce un avantage un inconvénient pour toi ?

Le machisme est omniprésent dans la Capoeira, comme il l’est dans la société en général. La Capoeira a été interdite jusqu’en 1950 au Brésil, puis libéralisée.Et les premières femmes à pouvoir pratiquer sont arrivées dans les années 80. Donc le chemin de la femme est encore tout neuf. Néanmoins, de plus en plus de place est faite à la femme, car elle doit aussi se battre pour l’obtenir, rien n’est acquis.  Depuis peu, des Rencontres capoeira  spéciales Femmes sont organisées. Tout le monde peut participer, mais les enseignants du stage sont exclusivement féminins.

J’y participe souvent, que ce soit à Bruxelles ou à Vienne (Autriche) et bientôt à Londres, suivez ma page Facebook 

8| Quels sont tes projets, tes défis, tes rêves sur le court, moyen long terme ?

J’ai quitté ma société de voyages l’année dernière pour me consacrer à plein temps à la Capoeira.Je continue à enseigner donc, à Lille la semaine et à travers l’Europe le week-end. J’ai également monté une société d’évènementiel autour du Brésil : www.animation-bresil.fr qui met en avant la culture afro-brésilienne de manière plus large en proposant des spectacles et des découvertes à la Capoeira bien sûr, mais aussi à la danse (samba, axé, afro…) et à la percussion brésilienne (batucada…)

9| Te sens tu métissée ? Si oui comment vis tu ton métissage : culturel, artistique, religieux, en France ?

A ce jour, je me sens « franco-brésilienne »7 ans de mariage avec un brésilien, 1 à 2 mois par an dans ma maison au Brésil, des amis essentiellement brésiliens en France et mon boulot autour de la Capoeira. Je vis dans les 2 pays et mon cœur bat pour les 2 pour des raisons très différentes. J’ai cette chance et ça me remplit au quotidien !

10| Que conseilles-tu à ceux qui auraient envie de se lancer dans le monde associatif, culturel comme toi ? Quelle formation quels pièges à éviter ? Quel état d’esprit à  avoir ?

Si vous avez une conviction, un projet, une passion, quelque chose sans lequel vous avez du mal à vivre, foncez, mettez-le en place, non seulement pour que vous puissiez continuer à en profiter, mais aussi pour le faire découvrir au public lillois et changer parfois la vie de certains d’entre eux (j’ai eu des témoignages dans ce sens…). J’ai amené le Brésil à certaines personnes qui n’ont pas les moyens ou la possibilité de voyager ! Et cet échange en vaut la peine. Bref, n’écoutez pas la morosité ambiante en France, qui étouffe tous les projets vivants de création et foncez !

Pour finir, ton mot de la fin : donne nous 3 bonnes raisons de lire le webmag Le nord on dit qu’wa !

Parce que Lille ce n’est pas seulement les Welshs et la Goudale! Wawa c’est plein de bons plans, nouveautés, nouveaux talents, bref une bouffée d’air neuf dans à Lille! Merci à l’équipe de Wawa!

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*Chiclete: Chewing gum. Petit surnom donné à Julie par son maître en raison de sa souplesse

**Professora: Professeur en portuguais

EN SAVOIR PLUS SUR SES COURS: http://www.capoeira-lille.com/

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